Pour une campagne électorale apaisée : restaurer la parole pacifique au Cameroun
À la veille de l’élection présidentielle au Cameroun, le climat politique est marqué par une montée préoccupante des discours haineux. Politiques, journalistes, et influenceurs, parfois inconsciemment, deviennent les relais d’une parole toxique qui menace la cohésion nationale. Or, battre campagne ne signifie pas semer la discorde. Dans un pays aussi riche de sa diversité que le Cameroun, il est urgent de réhabiliter les discours de paix, de respect et de responsabilité. L’enjeu n’est pas seulement électoral, il est civilisationnel
Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne insiste sur la force performative du langage : « La parole peut être un acte. Elle peut tuer ou guérir. » Dans ce sens, la parole politique, amplifiée par les médias et les réseaux sociaux, devient un outil de transformation sociale en bien ou en mal.
En période électorale, les discours prennent une valeur presque sacrée. Ils façonnent les imaginaires, ils construisent l’adversaire, parfois comme un ennemi. Cela est dangereux. Il ne s’agit pas de taire les critiques ou les divergences, mais de rejeter la logique de l’injure du mépris ou de l’humiliation. Une véritable démocratie se construit dans l’altérité respectueuse, non dans la haine verbale.
Les Camerounais des deux rives du Moungo partagent une histoire, une culture, des douleurs et des espoirs communs. Cette unité ne doit pas être sacrifiée sur l’autel des ambitions politiques.
Le romancier Mongo Beti rappelait que l’intellectuel africain devait être « l’éveilleur des consciences », pas l’agent des divisions. Il faut retrouver cette responsabilité morale notamment chez les journalistes et les leaders d’opinion. Être une caisse de résonance ne doit pas signifier répéter la haine : cela signifie résonner avec les aspirations profondes du peuple qui veut la paix, la justice et une alternance digne.
L’alternance politique n’est pas une guerre ; c’est une compétition d’idées et de projets. C’est dans la paix que les institutions peuvent garantir un scrutin juste. Le penseur béninois Paulin Hountondji a souvent critiqué les formes de domination implicites dans les systèmes politiques africains, appelant à un respect réel des règles démocratiques. Cela commence par le respect du verdict des urnes quel qu’il soit.
Si les candidats et leurs partisans tiennent des discours de paix, ils préparent le pays à accepter les résultats avec maturité. À l’inverse, le discours de haine sème la méfiance, prépare le chaos, et finit souvent en violences post-électorales.
Dans la tradition africaine, la parole est sacrée. Elle fonde les liens sociaux. Comme l’écrivait Amadou Hampâté Bâ, « en Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », mais on pourrait ajouter : un peuple qui perd le respect de la parole, c’est une société qui se désagrège.Il faut donc former les citoyens à une éthique du langage à commencer par les figures publiques. Cela suppose un engagement des médias, des réseaux sociaux, des partis politiques et de la société civile pour réhabiliter la parole pacificatrice qui construit et non qui détruit.
Le Cameroun n’a pas besoin d’une guerre des mots, mais d’un dialogue des intelligences et des cœurs. À l’approche des élections, chacun homme politique, journaliste, citoyen doit se rappeler que la paix n’est pas une option secondaire, mais **la condition première de la démocratie**. Il est temps d’élever le débat, d’aimer sans condition notre pays et de faire de chaque mot une brique pour construire l’avenir.
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