Barreau : Me Mbah serre la vis sur les diplômes et la fraude





Le bâtonnier de l’Ordre des avocats au barreau du Cameroun, Me Mbah Éric Mbah a pris la parole ce 25 mai après le  concours d’entrée au stage du barreau afin de répondre aux nombreuses controverses entourant l’organisation des examens, la validité de certains diplômes et les critères d’admission à la profession d’avocat.






Face à la presse, le patron du barreau camerounais a assuré que toutes les préoccupations soulevées par les candidats avaient été examinées, notamment celles liées aux licences professionnelles et aux diplômes HND.

Selon Me Mbah, le barreau n’a pas pour mission de rejeter des diplômes délivrés par les établissements d’enseignement supérieur, mais uniquement d’apprécier leur conformité avec les exigences académiques prévues pour l’accès à la profession.

Il a expliqué que les responsables chargés de l’étude des dossiers ont estimé qu’une licence en droit exigée pour le concours devait correspondre à une licence académique et non à une licence professionnelle. Cette position a d’ailleurs été confortée par des consultations menées avec les autorités compétentes du ministère de l’Enseignement supérieur.


Le bâtonnier a toutefois reconnu la complexité du débat, notamment dans le contexte du système éducatif anglo-saxon, dont les références académiques diffèrent du modèle francophone. Il a rappelé que certains diplômes comme le HND se sont progressivement imposés dans le paysage universitaire camerounais.

Prenant une position personnelle plus souple, Me Mbah a confié qu’il aurait, pour sa part, accepté l’ensemble des dossiers soumis. Il a également reconnu l’existence d’un problème de cohérence administrative, certains candidats ayant déjà été autorisés à composer lors des précédentes sessions avec les mêmes diplômes, notamment en 2024 mais qui sont appelés à présenter des diplômes conformes au système éducatif Camerounais.

Selon ses explications, les soupçons sont  nés après des signalements effectués par certains candidats eux-mêmes. Ces derniers ont  attiré l’attention des responsables sur des diplômes obtenus dans des délais jugés anormalement courts, parfois en une ou deux années seulement. Cette situation a conduit les organisateurs à renforcer les contrôles et à approfondir les vérifications.

Au-delà de la question des diplômes, le bâtonnier a longuement insisté sur l’exigence de moralité imposée aux futurs avocats. Citant l’article 9 des textes régissant la profession, il a rappelé que tout candidat au barreau doit présenter des garanties morales irréprochables.

Il a indiqué que  par le passé, les candidats devaient fournir une attestation de moralité signée par les autorités policières ou judiciaires. Mais avec l’évolution des technologies et la multiplication des faux documents, les mécanismes classiques de vérification seraient devenus insuffisants.


C’est dans ce contexte que le barreau a récemment lancé un appel à la population afin de signaler d’éventuels candidats ayant un passé judiciaire ou des comportements incompatibles avec la profession d’avocat. Pour Me Mbah, la justice relève d’une responsabilité collective et les citoyens ont le devoir de contribuer à la crédibilité de l’institution judiciaire.

Le bâtonnier a notamment évoqué le risque de voir d’anciens détenus changer d’identité après leur sortie de prison afin d’échapper aux contrôles administratifs et intégrer la profession sans être détectés.

Il a cependant tenu à rassurer sur les garanties prévues pour éviter les dénonciations abusives. D’après lui, les simples accusations ne suffisent pas à exclure un candidat. Toute information reçue fait systématiquement l’objet d’enquêtes et de vérifications avant qu’une éventuelle décision disciplinaire ne soit prise par le Conseil de l’Ordre, y compris après la réussite au concours.


Concernant le déroulement des examens, Me Mbah s’est dit globalement satisfait malgré plusieurs insuffisances relevées dans le dispositif de surveillance. Il a révélé qu’un cas de fraude impliquant l’utilisation de téléphones portables avait été découvert dans une salle d’examen.

Selon ses déclarations, un surveillant a facilité la tricherie en autorisant certains candidats à utiliser leurs téléphones pendant les épreuves. Tous les candidats concernés ont écopé de la note zéro, à l’exception d’une candidate qui a dénoncé les faits.Le bâtonnier a également rappelé que la moyenne requise pour réussir le concours d’entrée au barreau reste fixée à 12 sur 20.

Abordant enfin la question des lettres de parrainage exigées pour le stage, il a précisé qu’il revient aux avocats parrains d’apprécier les candidatures ainsi que la capacité des cabinets à accueillir les futurs stagiaires dans des conditions convenables.


Me Mbah a par ailleurs plaidé pour une organisation plus régulière du concours d’entrée au barreau. Selon lui, les longues périodes d’attente entre les sessions favorisent les pratiques de corruption et poussent de nombreux jeunes diplômés à poursuivre leur formation à l’étranger, notamment au Nigeria ou au Rwanda.Il a toutefois rappelé que la décision finale relative à la tenue des examens relève du ministre de la Justice, garde des Sceaux.



Yahaya Idrissou

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