Controverse autour de Penka Michel : une bataille mémorielle ravivée par l’histoire du Cameroun








Le débat autour de la toponymie de l’arrondissement de Penka-Michel prend une nouvelle ampleur. De plus en plus de voix s’élèvent pour demander le changement de nom de cette localité, en raison du passé controversé de celui dont elle porte le nom.




Au cœur de cette polémique se trouve la figure de Penka Michel, accusé par plusieurs travaux de chercheurs et historiens d’avoir été impliqué dans des violences ayant entraîné la mort de nombreux Camerounais durant la période coloniale, avant l’indépendance. Ces accusations s’inscrivent dans un contexte historique marqué par la répression du mouvement nationaliste, notamment celui de l’Union des populations du Cameroun (UPC), farouchement opposé à la présence coloniale française.


Dans les années 1950, le Cameroun est secoué par une lutte intense pour l’indépendance. Après l’interdiction de l’UPC en 1955, l’administration coloniale française mène une répression brutale contre les militants nationalistes, en particulier dans les régions de l’Ouest et du Littoral. C’est dans ce climat de tensions extrêmes que certaines figures locales, accusées de collaboration avec l’autorité coloniale, sont aujourd’hui remises en question par des historiens et des acteurs de la société civile.


Le 30 avril 2026, lors d’une conférence de presse tenue à Yaoundé, l’association Kwemtche a présenté un ouvrage consacré à ce personnage, intitulé "Penka Michel, toponymie de la collaboration. Étude socio-historique d’un personnage atypique". À cette occasion, le président de l’association, Charles Soh, a déclaré que l’évocation du nom de Penka Michel suscite encore « des douleurs silencieuses » au sein des populations locales.

Penka Michel, ancien membre de l’UPC a quitté le mouvement après des désaccords avec les nationalistes avant de se rapprocher de l’administration coloniale. Il est ainsi présenté comme ayant facilité la traque et l’élimination de militants indépendantistes, une accusation qui alimente aujourd’hui les revendications pour le changement de nom de la localité.

Le Pr Charles Soh souligne par ailleurs que cette revendication n’est pas nouvelle. Il rappelle qu’il y a plus de quarante ans déjà, un député avait officiellement sollicité la modification de cette toponymie sans succès.


Face à ces prises de position, les ayants droit de Penka Michel ont engagé des poursuites judiciaires contre l’association Kwemtche, la radio Bansoa Université ainsi que contre le Pr Charles Soh. Leur conseil, Me Guy Léonard Gueyo, défend la légitimité des travaux de ses clients, affirmant que de nombreux historiens ont déjà documenté le rôle controversé de cette figure.


Malgré les pressions et les menaces, l’association entend poursuivre son combat, qu’elle présente comme une démarche de vérité historique. Pour ses membres, il s’agit de préserver la mémoire nationale et de rendre justice aux victimes de cette période trouble de l’histoire du Cameroun.


Dans un contexte où le gouvernement envisage une reconfiguration administrative et territoriale, les populations locales nourrissent l’espoir que cette question de toponymie soit enfin tranchée. Au-delà du cas de Penka Michel, cette controverse met en lumière les enjeux liés à la mémoire collective et à la relecture du passé colonial du Cameroun.


Yahaya Idrissou

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