Lisette Claudia TAME NJAMBE : Du regard de la terre à la vision des usines








Il existe des regards qui ne voient pas le monde tel qu'il est. Ils le voient tel qu'il pourrait être. Lisette Claudia TAME NJAMBE a ce regard-là.




Le sol sous ses pieds





D'autres ont regardé ce pays et vu des forêts, des fleuves, des hectares de cacao mûr sous le soleil de la région du Centre. Des richesses brutes, certes, mais brutes. Destinées à partir. Destinées à devenir, sous d'autres cieux, les produits raffinés que l'on achèterait ensuite à prix d'or.

Lisette Claudia TAME NJAMBE a regardé le même sol. Et elle y a vu autre chose. Elle y a vu des chaînes de valeur en attente. Des machines pas encore installées. Des techniciens pas encore formés. Des produits pas encore inventés. Elle y a vu, avec une clarté que peu possèdent, ce que ce pays pourrait être s'il décidait, enfin, de transformer ce qu'il produit.

Cette vision n'est pas venue d'un rapport de consultant ni d'un séminaire économique. Elle est venue de l'enfance, d'un père industriel qui lui a appris que la matière brute n'est qu'un début, qu'une fève de cacao n'est pas une finalité mais une invitation. Elle est revenue avec elle, comme un feu que l'on ne peut plus éteindre.




 La femme qui a choisi de rester





Elle aurait pu rester là-bas. Là où les infrastructures sont fiables, les financements accessibles, les marchés matures. Elle aurait pu construire sa carrière dans les couloirs lisses des industries européennes ou asiatiques. Elle avait les diplômes, les compétences, les connexions internationales pour le faire.

Elle est rentrée. Pas par nostalgie. Pas par idéalisme. Par conviction profonde, ancrée dans la réalité des chiffres et du terrain, que le plus grand gisement d'opportunités industrielles du monde se trouve en Afrique et que le Cameroun, cinquième producteur mondial de cacao qui ne consomme pas 5 % de sa propre production, est l'illustration la plus criante de ce paradoxe.

Alors elle a commencé. Avec peu. Avec un local de 66 mètres carrés, sans capital familial, sans subvention de l'État. Elle a importé des produits pour connaître le marché. Elle a accompagné d'autres entreprises pour comprendre l'implantation. Et quand le moment est venu, elle a posé sa première machine sur le sol camerounais et quelque chose a changé.

Ce que ses mains ont fait

Aujourd'hui, Africa Processing Company SA occupe plus d'un hectare à Mbankomo. Une deuxième usine s'est ouverte à Ngolambélé, dans la région de l'Est, en novembre 2025. Ensemble, elles broient des fèves, produisent de la poudre, du beurre, de la masse de cacao. Elles fabriquent plus de quinze produits sous la marque CA'OLY — Cacao des Lions destinés aux marchés local, africain et international.

Mais ce que ces usines produisent va bien au-delà des tonnes et des chiffres d'affaires. Elles produisent de la preuve. La preuve que l'on peut transformer le cacao camerounais sur le sol camerounais. La preuve que l'on peut exporter vers l'Asie, l'Europe, le Maghreb depuis Mbankomo. La preuve qu'une femme, seule, sans héritage ni subvention, peut construire ce que beaucoup jugent impossible.

Chevalier de l'Ordre de la Valeur, une croissance exceptionnelle du chiffre d'affaires, plus de 500 emplois directs et indirects — les chiffres sont là. Mais derrière chaque chiffre, il y a une décision prise dans le silence, une nuit où le doute était plus fort que la certitude, un matin où elle est quand même entrée dans l'usine.




La vision qui dépasse l'horizon

Lisette Claudia TAME






 NJAMBE ne s'arrête pas à ce qu'elle a fait. Elle pense à ce qu'il reste à faire. Et ce qu'il reste à faire est immense.

Elle veut une industrie dans chaque grande ville du Cameroun. Elle veut que chaque bassin de production agricole devienne un bassin de transformation. Elle veut que les jeunes n'aient plus à quitter leurs territoires pour trouver un avenir, que l'avenir vienne à eux, sous la forme d'une usine, d'un emploi, d'un savoir-faire transmis.

Elle dispose pour cela d'une expertise rare : celle de concevoir des stratégies d'industrialisation entières, clés en main, pour des régions, des États, des écosystèmes économiques complets. Pas en théorie. En pratique. Avec la mémoire de chaque erreur surmontée, de chaque fournisseur trouvé, de chaque technicien formé de zéro.

Là où d'autres voient de la terre, elle continue de voir des usines. Et l'une après l'autre, avec la patience des bâtisseurs et la certitude des visionnaires, elle les construit.

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