Cameroun : les acteurs institutionnels et la société civile unissent leurs voix contre les discours de haine

 







À l'occasion de la Journée internationale de lutte contre les discours de haine, l'association Civic Watch a organisé à Yaoundé une conférence-débat consacrée au thème « Dialogue sur les discours de haine, la cohésion sociale et la citoyenneté numérique responsable ». Cette rencontre a réuni des représentants des institutions publiques, des organisations internationales, des médias et de la société civile autour d'une préoccupation commune : préserver l'unité nationale face à la montée des discours haineux et de la désinformation.





Les échanges ont mis en lumière les conséquences préoccupantes de la propagation des messages de haine, notamment sur les réseaux sociaux. Les participants ont souligné que ces discours constituent une menace directe pour la cohésion sociale, le vivre-ensemble et la stabilité démocratique du Cameroun. Dans un contexte marqué par la diversité culturelle, linguistique et ethnique du pays, les intervenants ont insisté sur la nécessité de promouvoir le dialogue, la tolérance et le respect mutuel.


Dans son intervention introductive, le président de Civic Watch, Dr Ngala Desmond, a dressé un état des lieux des défis liés à la désinformation et aux discours de haine. Il a relevé que la circulation rapide de contenus polarisants sur les plateformes numériques contribue à exacerber les tensions sociales et à fragiliser les efforts de construction de la paix.


La leçon inaugurale a été prononcée par Stean Auguste Tshiband, Conseiller Paix et Développement auprès du Bureau du Coordonnateur résident des Nations unies au Cameroun. Son exposé, consacré aux liens entre discours de haine, cohésion sociale et stabilité démocratique à l'ère du numérique, a mis en évidence les dangers que représentent les propos stigmatisants et discriminatoires lorsqu'ils ne sont pas combattus à temps.

Selon les experts, les discours de haine peuvent favoriser l'exclusion sociale, renforcer les clivages communautaires, alimenter les conflits et, dans certains cas, conduire à des actes de violence. Ils contribuent également à affaiblir la confiance entre les citoyens et les institutions, tout en compromettant les fondements du débat démocratique. Dans l'espace numérique, leur diffusion massive accroît les risques de manipulation de l'opinion publique et de radicalisation de certains groupes.


Un panel consacré aux réponses juridiques, politiques et institutionnelles face aux discours de haine a permis aux représentants du ministère de la Communication, du ministère des Postes et Télécommunications, du ministère de la Jeunesse et de l'Éducation civique, du Conseil national de la communication ainsi que du Conseil national pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme d'échanger sur les mécanismes existants pour prévenir et sanctionner ces dérives.


Les intervenants ont notamment plaidé pour un renforcement de l'éducation aux médias et à l'information, une meilleure régulation des contenus numériques ainsi qu'une sensibilisation accrue des populations, en particulier des jeunes, aux enjeux de la citoyenneté numérique responsable.


Au cœur des discussions, un consensus s'est dégagé : la lutte contre les discours de haine constitue une condition essentielle à la préservation de l'unité nationale. Les participants ont appelé à une mobilisation collective impliquant les pouvoirs publics, les médias, les organisations de la société civile et les citoyens afin de promouvoir un espace public fondé sur le respect, le dialogue et la responsabilité.


Organisation communautaire à but non lucratif dirigée par des jeunes, Civic Watch œuvre depuis plusieurs années pour prévenir les discours haineux aussi bien en ligne que hors ligne. L'association travaille sur les questions liées à l'incitation à la violence, à la tolérance et à la consolidation de la paix à travers des actions de sensibilisation et de mobilisation citoyenne. Convaincue du rôle déterminant de la jeunesse dans la construction d'une société pacifique, elle s'attache à faire entendre la voix des jeunes dans les processus de paix et dans la promotion du vivre-ensemble.


Cette conférence a ainsi rappelé que face aux défis posés par la révolution numérique, la responsabilité collective demeure le meilleur rempart contre la haine et la division. Pour les participants, le Cameroun ne pourra préserver durablement sa cohésion sociale qu'en faisant de la tolérance, du respect de la diversité et du dialogue des valeurs partagées par tous.


Yahaya Idrissou

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