Festival Mbidambani : Yaoundé célèbre l’héritage vivant des peuples de la forêt

 







Le cœur de la capitale camerounaise bat désormais au rythme des traditions ancestrales des peuples de la forêt. Depuis ce jeudi 11 juin 2026, Yaoundé est le théâtre d’un déploiement culturel sans précédent : la toute première édition du Festival Mbidambani. Entre mystique, diplomatie et devoir de mémoire, cet événement d’envergure internationale s’annonce déjà comme le rendez-vous incontournable de l’année pour la valorisation du patrimoine africain. Zoom sur une ouverture riche en émotions et en symboles.




Le réveil des traditions des peuples de la forêt

Prévu pour se dérouler jusqu’au samedi 13 juin, cet événement culturel camerounais majeur met à l’honneur les traditions, la mémoire et l’identité des peuples de la forêt, en particulier la communauté Mbidambani


Placé sous le haut parrainage des présidents de la République du Cameroun et de la Guinée Équatoriale, le festival se déploie simultanément sur deux sites prestigieux : le Musée National et le Musée Ethnographique et Historique des Peuples de la Forêt. Le thème retenu pour cette grande première est évocateur : « La Réhabilitation du patrimoine culturel Mbidambani dans le brassage intra-communautaire et le vivre-ensemble ».




Une synergie transfrontalière et un parterre d’officiels

Bien qu’ancré dans les régions du Centre et du Sud du Cameroun, le festival jette de véritables ponts culturels avec les autres composantes de la communauté Fang-Beti-Bulu partagée entre le Cameroun, le Gabon, la Guinée Équatoriale, le Congo, Sao Tome, Angola…


La cérémonie d’ouverture a réuni les fils et filles Mbidambani dans une symbiose totale avec les Essambira de la Guinée Équatoriale, les Essangui du Gabon, ainsi que les Yemevong et les Yebo’o. Pour marquer cette union, l’événement a débuté par l’exécution successive des hymnes nationaux des trois pays, suivis de l’hymne officiel du festival, écrit et interprété par les femmes Mbidambani.




Plusieurs personnalités de haut rang ont rehaussé l’éclat de l’événement :


E. Armando Kote Echuaca, Ambassadeur de la Guinée Équatoriale, qui a salué « une réussite culturelle et un succès social », tout en rendant hommage à la sagesse des deux chefs d’État parrains.

Le représentant de l’Ambassadeur du Gabon, qui a rappelé que « la culture est un outil de paix et d’éclosion ».

L’un des Inspecteurs Généraux du Ministère des Arts et de la Culture (MINAC), représentant le Ministre, qui a chaleureusement félicité les organisateurs pour cette initiative sous-régionale d’envergure.



Le Ngan Medza : Au cœur du mythe de la traversée

Le moment fort de cette journée d’ouverture fut sans conteste la parade du Ngan Medza, orchestrée par le Musée Ethnographique et Historique des Peuples de la Forêt.


Selon la tradition orale, le Ngan Medza est un serpent géant mythique qui a servi de pont aux peuples Ekang et Beti pour franchir le puissant fleuve Sanaga lors de leurs migrations historiques. Le Dr Bingono Bingono, patriarche et invité d’honneur, a apporté un éclairage fascinant lors de son intervention :




« Le Ngan Medza, le serpent géant de la traversée de la Sanaga, se situe à l’époque de la préscience où les initiés, il y a plus de 5 000 ans, étaient encore en osmose avec les entités décorporées que sont les ancêtres, les génies et les esprits. »




Sa Majesté Jean Nguema, président de l’association Mbidambani, a renchéri en rappelant le devoir de transmission : « Ce festival nous rappelle qui nous sommes, d’où nous venons […]. Dans un monde en perpétuel mouvement, il est de notre devoir de transmettre notre patrimoine culturel aux jeunes générations. »




Entre rites sacrés et célébrations : Le programme de la suite

Après la bénédiction traditionnelle des chefs Mbidambani, des intermèdes exécutés par le Ballet National (mettant en valeur les quatre aires culturelles du Cameroun) et la coupure symbolique du ruban, les officiels ont visité les stands de la foire.


Le festival se poursuit ce vendredi 12 juin avec des moments intenses :


04h – 06h (Aube) : Danses traditionnelles et rites patrimoniaux secrets (Musée Ethnographique).

En journée : Concours de déclamation généalogique, tables rondes, visites guidées au Musée National et grand défilé de mode traditionnel.

En soirée : Dîner des hôtes.

À partir de 21h : Séances de thérapie spirituelle, cérémonie de purification, veillée culturelle et « Soir au village ».



En réussissant le pari de rassembler trois nations autour d’une mémoire commune, le Festival Mbidambani s’impose d’entrée de jeu comme un modèle d’intégration sous-régionale par la culture. Plus qu’une simple festivité, c’est un retour aux sources salvateur et une vitrine de fierté pour toute la communauté Ekang-Beti. C’est une immersion unique et mystique qui s’offre aux Yaoundéens jusqu’au 13 juin au Musée National et au Musée Ethnographique. Ne vous le faites pas raconter : courez-y pour vous ressourcer aux racines profonds des peuples de la forêt  



Yahaya Idrissou

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