Socadel : Le gouvernement dévoile son plan de redressement

 






Ce 18 juin s'est tenue une importante conférence de presse consacrée à l'avenir du secteur de l'électricité au Cameroun. Organisée à l'auditorium du ministère de la Communication, la rencontre a réuni René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, et Gaston Eloundou Essomba, ministre de l'Eau et de l'Énergie, devant les professionnels des médias.






Au centre des échanges figurait la Société Camerounaise d'Électricité (Socadel), nouvelle structure créée par l'État pour impulser une profonde réforme du secteur énergétique national. Les membres du gouvernement ont présenté les motivations qui ont conduit à cette décision ainsi que les principales orientations stratégiques qui guideront l'action de la nouvelle entreprise publique.


Dans son intervention, René Emmanuel Sadi est revenu sur le contexte ayant conduit à la création de la Socadel. Selon lui, cette décision procède d'une volonté affirmée du chef de l'État, Paul Biya, de permettre au Cameroun de reprendre le contrôle d'un secteur considéré comme stratégique pour son développement économique et social.


Pour le gouvernement, plusieurs facteurs ont justifié la mise en place de cette nouvelle structure. D'abord, la nécessité de restaurer l'autorité de l'État dans la gestion du secteur électrique. Ensuite, l'urgence de corriger les déséquilibres financiers qui fragilisent depuis plusieurs années l'ensemble de la chaîne de production, de transport et de distribution de l'électricité. Enfin, l'amélioration durable de la qualité du service public constitue une priorité majeure dans un contexte marqué par des coupures récurrentes et une demande énergétique en constante augmentation.


Prenant la parole, Gaston Eloundou Essomba a souligné que la création de la Socadel s'inscrit dans une stratégie globale de restructuration du secteur de l'électricité. Cette réforme vise à instaurer de nouvelles dynamiques de gestion, à accroître les performances opérationnelles et à restaurer la viabilité financière du secteur.


Le ministre a annoncé l'élaboration d'un vaste plan de restructuration dont la mise en œuvre s'étendra de 2026 à 2028. Ce programme prévoit simultanément une augmentation des recettes et une réduction des charges afin d'assainir durablement les finances du secteur.


Dans cette perspective, la Socadel a reçu pour mission de lancer, dès les cent premiers jours suivant l'installation de son équipe dirigeante, plusieurs actions jugées prioritaires et à fort impact.


Parmi les premières mesures envisagées figure l'amélioration significative du recouvrement des recettes issues de la vente de l'électricité. Le gouvernement rappelle que le fonctionnement du service public repose sur un principe fondamental : toute électricité consommée doit être payée.


À ce sujet, Gaston Eloundou Essomba a été particulièrement ferme. Selon lui, cette obligation concerne l'ensemble des usagers sans exception : administrations publiques, collectivités territoriales décentralisées, établissements publics, entreprises privées, opérateurs économiques, ménages ainsi que petits et grands consommateurs.


Le gouvernement entend également mettre fin à l'accumulation des impayés des structures publiques. Des mesures sont actuellement étudiées avec le ministère des Finances afin que les factures d'électricité des administrations soient traitées prioritairement, au même titre que les salaires.


Autre chantier majeur : le refinancement de la dette financière du secteur. Cette opération devrait permettre de réduire les charges financières mensuelles, de dégager davantage de liquidités et de financer plus efficacement les investissements nécessaires à la modernisation des infrastructures électriques.


La Socadel prévoit également d'élargir sa base de clientèle à travers le raccordement de nouveaux ménages et de nouveaux consommateurs industriels. Les autorités misent notamment sur le développement industriel pour accroître la demande en énergie et renforcer les revenus du secteur.


Dans cette optique, les travaux de construction et de modernisation des infrastructures de transport et de distribution sont en cours de finalisation afin de répondre à une demande supplémentaire estimée à près de 150 mégawatts dans plusieurs zones industrielles stratégiques du pays.


L'amélioration de la qualité du service public constitue également un axe central de la feuille de route de la nouvelle entreprise. Plusieurs actions sont programmées, notamment le remplacement progressif des poteaux en bois par des supports en béton, la modernisation des réseaux de distribution grâce aux technologies intelligentes, le renforcement du service client, l'élagage systématique des corridors électriques ainsi que le remplacement des transformateurs surchargés.


La lutte contre la fraude et les branchements illégaux figure parmi les priorités les plus urgentes. Selon le ministre de l'Eau et de l'Énergie, les pertes causées par les raccordements clandestins représentent une véritable hémorragie financière qui compromet la capacité d'investissement du secteur.


Les chiffres présentés lors de la conférence illustrent l'ampleur du phénomène. En seulement trois semaines d'opérations menées à Yaoundé et Douala, près de 3 000 cas de fraude ont été identifiés.


Face à cette situation, le gouvernement annonce un durcissement des contrôles. Les opérations de terrain seront intensifiées de jour comme de nuit afin de détecter les branchements frauduleux et de sanctionner les contrevenants.


Une brigade nationale de lutte contre la fraude sera également mise en place. Sa mission consistera à poursuivre les fraudeurs et à empêcher toute reconnexion illégale après les opérations de coupure.


Parallèlement, les autorités souhaitent accompagner les populations à faibles revenus grâce à un programme d'accès temporaire à l'électricité destiné à faciliter les raccordements dans les zones urbaines, périurbaines et rurales.


Pour le gouvernement, la création de la Socadel représente ainsi une opportunité de mettre en œuvre des mesures urgentes capables de corriger les déséquilibres financiers du secteur tout en améliorant progressivement la qualité du service rendu aux usagers.


Toutefois, Gaston Eloundou Essomba a tenu à tempérer les attentes. Selon lui, les cent premiers jours d'activité de la nouvelle structure ne sauraient constituer une solution miracle à des difficultés accumulées durant plusieurs années. Ils marqueront plutôt le point de départ d'un processus de transformation profond dont les résultats s'inscriront dans la durée.


À travers la Socadel, l'État camerounais affiche donc sa volonté de reprendre l'initiative dans le secteur électrique, de renforcer sa gouvernance financière et technique et de créer les conditions nécessaires à un approvisionnement plus fiable en énergie pour les ménages comme pour les entreprises.


Yahaya Idrissou

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