INDIRA BABOKE : LE PRIX DE LA RUMEUR

 



Certaines agressions ne commencent pas dans la rue. Elles naissent sur un écran. L'affaire Indira Baboke en est la preuve. Fille d'Oswald Baboke, Directeur adjoint du Cabinet civil, Indira a soutenu sa thèse de médecine à Yaoundé en juin 2025. Elle est ensuite partie se perfectionner à Dubaï. Là-bas, elle a été reconnue, insultée puis agressée par des compatriotes. Le motif ? Des accusations répétées en ligne : permis miniers, « pillage de l'or du Cameroun ». Elle avait pourtant déjà répondu.


Dès février, Indira avait tranché : « Je constate que certaines personnes persistent à répéter des rumeurs infondées concernant de prétendus "permis d'or". Je tiens à préciser publiquement que ces accusations sont fausses. Je n'ai aucun lien avec l'exploitation de l'or, de près ou de loin. » Elle ajoutait : « Inventer, répéter et banaliser de fausses informations est irresponsable. À un moment donné, il faut apprendre à distinguer divertissement et diffamation. On peut ne pas m'aimer, on peut ne pas me suivre, mais on ne m'attribue pas des choses qui n'ont jamais existé. »


Aucune preuve. Aucun document. Son nom n'apparaît dans aucun acte officiel du ministère des Mines ni de la SONAMINES. Son démenti n'a pourtant rien changé. Il n'en fallait pas davantage pour faire sortir sa mère du silence. Crescence Baboke démonte la mécanique : « Après les accusations de trafic d'or, sans la moindre preuve, sont venus les faux décrets maladroitement fabriqués. Ensuite, on nous a inventé des maisons à l'étranger, puis des immeubles à Dubaï qui auraient même été bombardés par les Iraniens. » C'est ici qu'apparaît la géométrie variable.


Wamen Courtes, de son vrai nom Céline Courtes, fille de la ministre Ketcha Courtes, vaquait à ses occupations. Artiste hip-hop/RnB en France, elle fait sa musique, monte sur scène et vit sa vie. En avril 2019, Boris Judicaël Nganou, fils du ministre des Travaux publics Emmanuel Nganou Djoumessi, était entendu au Tribunal criminel spécial dans une affaire portant sur un emprunt de 3 milliards de FCFA via l'État, dans le cadre du projet CAMTEL Mobile Network, un projet qui n'a jamais été exécuté. Il a passé quelques heures en cellule avant d'être remis en liberté. Depuis, le dossier s'est effacé du débat public.


Même schéma, trois traitements. Pour Boris Judicaël Nganou : dossier clos, zéro post, zéro meute. Pour Wamen Courtes : la scène, la musique, la tranquillité. Pour Indira Baboke : la rumeur sans preuve, malgré son démenti, puis l'agression à Dubaï. Tous les enfants de dignitaires ne subissent pas le même sort. Certains vaquent à leurs occupations. D'autres sont protégés par l'oubli. D'autres encore sont livrés à la vindicte numérique. L'indignation ne dépend pas toujours des faits ni des montants. Elle dépend parfois du nom, du camp ou du visage.


Le résultat est concret : une jeune médecin est agressée à plus de 4 000 kilomètres de son pays parce que certains ont cru Facebook avant les documents, avant même son démenti public. Aujourd'hui, c'est Indira. Demain, qui ? Les réseaux sociaux ne sont pas des prétoires. Une accusation sans preuve ne peut pas devenir une condamnation. Ceux qui propagent des informations non vérifiées portent une responsabilité morale lorsque ces campagnes alimentent la haine et peuvent conduire à des actes de violence. Le Cameroun n'a pas besoin d'une justice spectacle. Il a besoin d'une justice égale pour tous. Et d'une société qui apprend à vérifier avant de lapider. Car lorsque la rumeur voyage plus vite que la vérité, ce ne sont plus seulement des réputations qui tombent. Ce sont parfois des corps.


Duke Atangana Etotogo

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

MOCAQ : LE CAMEROUN LANCE LA BATAILLE DE LA QUALITÉ POUR SAUVER SON INDUSTRIE Le Cameroun veut faire de la qualité un véritable levier de développement économique. Face à la fragilisation progressive du tissu industriel national, marquée par la concurrence des importations massives, la fraude, la contrebande et la circulation de produits non conformes, le Mouvement Camerounais de la Qualité (MOCAQ) entend impulser une nouvelle dynamique de transformation économique et sociale. Après avoir connu une croissance soutenue d'environ 7 % entre 1960 et 1985, l'économie camerounaise a subi de plein fouet la crise économique de la fin des années 1980 ainsi que les effets de la libéralisation des années 1990. Cette période a favorisé l'entrée sur le marché national de nombreux produits importés, parfois de qualité douteuse, au détriment des entreprises locales. Les conséquences ont été lourdes : baisse de la productivité, fermeture d'unités industrielles, recul de la compétitivité et aggravation du déficit commercial. Selon les données évoquées par les promoteurs du mouvement, plus de 200 entreprises industrielles et de services, notamment des PME, ont disparu. Alors qu'elle était excédentaire jusqu'au début des années 2000, la balance commerciale du Cameroun affiche aujourd'hui un déficit chronique estimé à plus de 1 737 milliards de FCFA en 2024. Face à cette situation préoccupante, le 22 décembre 2025 marque un tournant avec la création officielle du Mouvement Camerounais de la Qualité. Son ambition est claire : promouvoir une véritable culture de la qualité dans tous les secteurs de la société afin de protéger les consommateurs, renforcer la compétitivité des entreprises et soutenir la croissance économique. Le mouvement affiche une vision ambitieuse : faire du Cameroun une locomotive de la qualité en Afrique centrale, portée par des entreprises et des institutions performantes, innovantes et créatrices de richesses durables. Sa devise est sans équivoque : « La Qualité, notre culture, notre avenir ». Son slogan, quant à lui, appelle à une mobilisation nationale : « Sauvons nos industries, protégeons nos enfants ». Pour les responsables du MOCAQ, l'urgence est réelle. Plusieurs secteurs stratégiques subissent aujourd'hui les effets d'importations à bas prix souvent accusées de ne pas respecter les standards de qualité. Dans l'agroalimentaire, les producteurs locaux de pâtes alimentaires sont confrontés à une concurrence étrangère agressive. Dans le bâtiment, l'utilisation de fer à béton non conforme est régulièrement pointée du doigt dans les effondrements d'immeubles. Le secteur des peintures fait également face à l'arrivée de produits contenant des taux élevés de plomb, présentant des risques importants pour la santé publique. Les difficultés touchent aussi les industries du plastique, les câbles électriques, les produits pharmaceutiques, les textiles, les équipements de télécommunications et même les infrastructures touristiques. À Douala, notamment dans les zones industrielles de Bonabéri et de Bassa, la fermeture de nombreuses usines a profondément modifié le paysage économique. Inspiré des modèles québécois, français et japonais de promotion de la qualité, le MOCAQ ne souhaite pas se substituer aux institutions publiques telles que l'ANOR ou les différents ministères sectoriels. Son objectif est plutôt de renforcer leur action à travers des partenariats stratégiques destinés à vulgariser les normes et à promouvoir la culture qualité auprès des entreprises et des citoyens. L'organisation prévoit de vastes campagnes de sensibilisation à travers le pays. Articles de presse, séminaires, formations, visites d'entreprises, conférences, campagnes dans les écoles, marchés et gares routières feront partie des outils mobilisés pour encourager les bonnes pratiques en matière de qualité, d'hygiène et de sécurité. Le mois de novembre sera consacré à la célébration de la qualité avec l'organisation de la Journée Internationale de la Qualité et le soutien à la Semaine Nationale de la Qualité. Le mouvement prévoit également la création de Clubs Qualité dans les entreprises, les universités et les établissements d'enseignement supérieur. Sur le plan industriel, le MOCAQ entend promouvoir des outils de management reconnus à l'échelle internationale tels que les méthodes 5S, Kaizen, Lean Management, Six Sigma ainsi que les normes ISO 9001, ISO 45001 et ISO 22000. Selon ses promoteurs, ces outils permettent de réduire les coûts, améliorer la productivité, renforcer la sécurité et accroître durablement la rentabilité des entreprises. Dans les universités et instituts privés d'enseignement supérieur, le mouvement souhaite introduire des modules de formation consacrés au management de la qualité et à l'assurance qualité afin de préparer les futurs diplômés aux exigences du marché international. Le président du MOCAQ, Martin Yankwa, expert reconnu dans les domaines de la normalisation et de la qualité, cite l'exemple du secteur de la minoterie pour illustrer l'impact positif des normes. Il rappelle qu'à la fin des années 1990, six entreprises du secteur étaient menacées de disparition en raison d'une concurrence basée sur l'importation de farines ne respectant pas certains standards internationaux. L'adoption et l'application de normes adaptées auraient permis de redynamiser la filière, qui compte aujourd'hui plusieurs entreprises performantes et exportatrices. Le mouvement entend également s'appuyer sur les mécanismes de notification de l'Organisation Mondiale du Commerce pour alerter régulièrement les consommateurs et les entreprises sur les produits interdits ou jugés dangereux dans certains pays, afin de renforcer la vigilance nationale. Dans un contexte marqué par les récentes alertes sanitaires internationales, notamment la suspension temporaire par l'Arabie Saoudite de certaines importations de produits avicoles en raison de foyers d'influenza aviaire, le MOCAQ recommande la consommation de produits locaux conformes aux normes sanitaires. À travers cette initiative, le Mouvement Camerounais de la Qualité ambitionne de contribuer à la relance industrielle, à la protection des emplois, à l'amélioration de la santé publique et au renforcement de la souveraineté économique du Cameroun. Pour ses promoteurs, l'heure est venue de faire de la qualité non plus une simple exigence technique, mais une véritable culture nationale capable de transformer durablement l'économie camerounaise. Yahaya Idrissou

Tensions à Yaoundé : la visite du pape au cœur d’un bras de fer institutionnel

Cameroun : CONGELCAM S.A. dénonce des pressions et alerte sur une possible pénurie de poisson