*CHAMBRE DES MÉTIERS DE L’ARTISANAT : LE CAMEROUN ENGAGE UNE REFONTE STRUCTURELLE DE LA GOUVERNANCE DU SECTEUR ARTISANAL*



Réunis le 7 octobre 2026 à Yaoundé, à l’initiative du Ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA), les acteurs institutionnels et les organisations professionnelles d’artisans ont engagé une réflexion concertée sur la création d’une Chambre des Métiers de l’Artisanat au Cameroun. L’ambition est de doter le secteur d’un mécanisme de représentation professionnelle plus adapté à ses réalités, capable d’accélérer sa structuration, de favoriser la formalisation des activités et de renforcer sa contribution à la transformation structurelle de l’économie nationale.





L’artisanat camerounais est à la croisée des chemins. Fort de la diversité de ses métiers, de la richesse de ses savoir-faire et de son potentiel considérable de création d’emplois, ce secteur occupe une place importante dans le tissu économique et social du pays. Pourtant, son développement demeure confronté à des contraintes structurelles, notamment en matière de représentation professionnelle, d’organisation institutionnelle, de formalisation des unités de production, d’accès au financement et de reconnaissance des compétences. C’est pour apporter des réponses durables à ces préoccupations que le MINPMEESA a engagé le processus de mise en place d’une Chambre des Métiers de l’Artisanat (CMA), à travers une concertation multi-acteurs tenue le mercredi 7 octobre 2026, dans la salle de réunion de l’Immeuble ministériel n° 1 à Yaoundé.


Cette rencontre a rassemblé une quarantaine de participants, parmi lesquels les responsables techniques du MINPMEESA, des représentants de certaines administrations sectorielles, notamment les Services du Premier ministre, le Ministère du Commerce (MINCOMMERCE) et le Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT), le président de la section Artisanat de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat (CCIMA), ainsi que des représentants de quinze organisations professionnelles d’artisans. Cette diversité des parties prenantes traduit la volonté de construire une institution dont la légitimité reposera sur la concertation, l’adhésion des professionnels et la prise en compte des réalités du terrain.


Un secteur stratégique en quête d’une représentation professionnelle adaptée


La nécessité de créer une Chambre des Métiers de l’Artisanat découle d’un constat : malgré l’existence d’un cadre juridique consacré à l’organisation du secteur, la représentation des artisans et la prise en charge de leurs préoccupations spécifiques restent des défis majeurs.


La loi n° 2007/004 du 3 juillet 2007 régissant l’artisanat au Cameroun constitue le principal socle juridique de l’organisation de cette activité. Elle est complétée par plusieurs textes réglementaires, notamment le décret n° 2010/2996/PM, la décision n° 0077/CAB/MINPMEESA du 11 juillet 2012 portant publication du répertoire des métiers artisanaux et le décret n° 2013/0009/PM portant création des villages artisanaux.


Toutefois, l’article 20 de la loi de 2007 confie la représentation professionnelle des métiers de l’artisanat à la CCIMA. Avec l’évolution du secteur, la diversification des activités et l’augmentation du nombre de professionnels, la question de l’adéquation de ce dispositif aux besoins actuels se pose avec davantage d’acuité.


La création envisagée d’une Chambre des Métiers vise ainsi à approfondir la réflexion sur un mécanisme institutionnel spécifiquement consacré aux réalités de l’artisanat, en complémentarité avec les structures existantes et dans le respect du cadre juridique national. Il ne s’agit donc pas simplement de créer une nouvelle institution, mais de repenser les modalités de représentation, d’accompagnement et de défense des intérêts des artisans, tout en clarifiant les relations entre les différents acteurs institutionnels.


L’enjeu est de faire émerger un cadre dans lequel les professionnels pourront participer davantage à la définition des orientations de leur secteur, exprimer leurs besoins et contribuer à la mise en œuvre des politiques publiques qui les concernent.


314 métiers, 46 corps de métiers et 10 filières : un potentiel économique à mieux organiser


L’ampleur du chantier se mesure à la diversité des activités concernées. Selon la Nomenclature des métiers de l’artisanat du Cameroun (NMAC), élaborée en 2020 avec l’appui technique du Bureau international du Travail (BIT), l’artisanat national compte 314 métiers, répartis en 46 corps de métiers, 10 filières et trois secteurs : l’artisanat d’art, l’artisanat de production et l’artisanat de services.


Cette diversité constitue un levier important pour la création de richesses, la promotion de l’entrepreneuriat, l’insertion professionnelle des jeunes et des femmes, ainsi que la valorisation des ressources et des savoir-faire locaux. Elle représente également un patrimoine culturel et technique dont la préservation et la transmission participent à l’identité nationale.


Cependant, la dispersion des activités, le poids de l’informalité et les difficultés d’accès aux dispositifs d’accompagnement limitent encore la pleine exploitation de ce potentiel.


Les données présentées dans les termes de référence du projet illustrent l’ampleur de cette problématique. Selon les chiffres qui y sont rapportés, la Commission nationale de l’artisanat du Cameroun (CNAC) dénombrait près de 400 000 artisans en 2020, tandis que les Bureaux communaux de l’artisanat (BCA) n’en avaient enregistré qu’environ 100 000. Cet écart met en évidence l’importance des efforts à poursuivre en matière d’identification, d’enregistrement et de formalisation des professionnels.


La future Chambre des Métiers pourrait contribuer à réduire ce déficit de structuration en fédérant les organisations professionnelles, en améliorant la connaissance du tissu artisanal et en facilitant l’intégration progressive des artisans dans les circuits économiques formels.


Au-delà des chiffres, l’objectif est de transformer une multitude d’activités souvent exercées de manière isolée en un secteur mieux organisé, plus compétitif et davantage intégré aux chaînes de valeur nationales.


Une institution au service de la professionnalisation et de la formalisation


La future Chambre des Métiers de l’Artisanat est envisagée comme un instrument de représentation, de promotion et de développement professionnel. Son rôle potentiel couvrirait plusieurs domaines déterminants pour l’avenir du secteur.


En premier lieu, elle devrait contribuer à assurer une représentation plus structurée des artisans auprès des pouvoirs publics et des institutions économiques. Une telle évolution permettrait de mieux porter les préoccupations des professionnels, de favoriser le dialogue avec les administrations et de renforcer leur participation aux décisions relatives à l’organisation de leurs métiers.


En matière de formalisation, l’institution pourrait accompagner les artisans dans les démarches administratives nécessaires à la reconnaissance de leurs activités, notamment leur enregistrement auprès des structures compétentes et leur inscription dans les répertoires professionnels. L’objectif serait de rendre les procédures plus accessibles, tout en favorisant une meilleure connaissance du secteur et une plus grande visibilité des unités artisanales.


La formation professionnelle constitue un autre axe majeur. En coordination avec le Ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (MINEFOP) et les autres administrations concernées, la Chambre pourrait contribuer à l’identification des besoins en compétences, à l’adaptation des formations aux réalités des métiers et au développement de dispositifs de perfectionnement professionnel.


La reconnaissance des qualifications et la valorisation des savoir-faire figurent également parmi les enjeux essentiels. L’attribution du titre de maître artisan, selon des critères à définir dans le cadre juridique approprié, pourrait notamment permettre de distinguer les professionnels justifiant d’une expérience, d’une maîtrise technique et de compétences reconnues. Un tel mécanisme contribuerait à encourager la transmission des savoir-faire, à valoriser l’excellence professionnelle et à renforcer la confiance des consommateurs.


Enfin, la promotion de la qualité des produits, la lutte contre la contrefaçon, l’amélioration de l’accès aux marchés et la recherche de mécanismes de financement adaptés pourraient constituer des leviers supplémentaires pour améliorer la compétitivité des entreprises artisanales.


La Chambre serait ainsi appelée à dépasser la seule fonction de représentation pour devenir un instrument d’accompagnement de la transformation du secteur, dans une logique de responsabilisation des professionnels et de complémentarité avec l’action publique.


Un modèle institutionnel adapté aux réalités camerounaises


La concertation du 7 octobre 2026 a également permis de poser les bases d’une réflexion sur le modèle institutionnel à retenir. L’un des principaux défis consiste à concevoir une structure suffisamment représentative pour couvrir la diversité des métiers artisanaux, tout en demeurant fonctionnelle, accessible et soutenable sur le plan financier.


Les discussions doivent notamment permettre de préciser le statut juridique de la future Chambre, son organisation institutionnelle, ses missions, ses organes de gouvernance, ses mécanismes de financement et ses relations avec les institutions existantes, particulièrement la CCIMA.


La question de l’ancrage territorial constitue un autre enjeu. Au regard de la diversité géographique et professionnelle de l’artisanat camerounais, un dispositif organisé aux niveaux national, régional et local pourrait favoriser une meilleure proximité avec les artisans. La définition de ces échelons, de leurs compétences respectives et de leurs modalités de fonctionnement devra toutefois être précisée au cours des travaux préparatoires.


Le principe d’une gouvernance faisant une place à la représentation des professionnels figure également parmi les pistes à examiner. Des mécanismes de représentation démocratique pourraient permettre aux artisans de participer à la désignation de leurs représentants et à la définition des priorités de leur institution.


Le financement constitue, pour sa part, une condition essentielle de viabilité. Il s’agira de déterminer les ressources nécessaires au fonctionnement de la Chambre, tout en recherchant un équilibre entre les exigences de pérennité institutionnelle et les capacités contributives des artisans.


Ces différents paramètres devront être examinés dans une approche globale, afin d’éviter la mise en place d’une structure supplémentaire dont les missions se superposeraient à celles des organismes existants. La recherche d’un modèle consensuel devra donc s’accompagner d’une clarification des responsabilités, des compétences et des mécanismes de coordination entre les parties prenantes.


Un chantier inscrit dans les priorités de la SND30


La mise en place de la Chambre des Métiers de l’Artisanat s’inscrit dans les orientations de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui ambitionne d’accélérer la transformation structurelle de l’économie camerounaise, de développer le capital humain, de promouvoir l’emploi et de renforcer la gouvernance.


À travers son Programme 402, consacré à la promotion et au développement de l’artisanat, le MINPMEESA entend notamment contribuer à la structuration et à la formalisation du secteur. La concertation sur la future Chambre s’inscrit précisément dans cette dynamique, au titre de l’action relative à la structuration du secteur artisanal.


La création d’un organe de représentation professionnelle mieux adapté pourrait ainsi favoriser une articulation plus efficace entre les politiques publiques et les besoins des acteurs économiques. Elle pourrait également faciliter la mise en place de mécanismes collectifs d’accompagnement, de formation et d’assistance, tout en contribuant à la recherche de solutions adaptées aux risques auxquels sont exposées les activités artisanales.


Cette orientation rejoint les ambitions de la SND30 en matière de développement des compétences, d’insertion économique et de promotion d’un tissu productif national plus performant.


En renforçant les capacités d’organisation des artisans, le Cameroun pourrait également améliorer les conditions de valorisation de ses productions locales, encourager l’innovation et favoriser l’émergence d’entreprises artisanales capables de répondre aux exigences croissantes des marchés.


L’enjeu est donc autant économique qu’institutionnel : mieux organiser les artisans pour mieux valoriser leur contribution à la croissance, à l’emploi et au développement territorial.


Un processus appelé à se poursuivre par l’élaboration d’un texte juridique


La concertation du 7 octobre constitue une étape de lancement et d’orientation du processus. Elle doit déboucher sur des travaux techniques destinés à consolider les propositions formulées et à traduire les orientations retenues en un dispositif juridique et institutionnel cohérent.


À cet effet, un groupe de travail restreint doit être mis en place pour approfondir les recommandations issues des échanges, proposer un modèle de Chambre des Métiers adapté au contexte camerounais et élaborer un projet de texte portant création, organisation et fonctionnement de la future institution.


La nature du texte à retenir, entre une loi et un décret, devra être déterminée au regard des exigences juridiques applicables et des conclusions des travaux préparatoires.


Le projet sera ensuite soumis à un examen juridique, en collaboration avec la Division des affaires juridiques du MINPMEESA, afin d’en vérifier la cohérence et la conformité avec les textes en vigueur. Une phase de validation devra permettre aux parties prenantes d’examiner la version consolidée du document avant sa transmission à la hiérarchie.


Le processus prévoit également la production de rapports détaillés sur les différentes activités, ainsi que l’élaboration d’une feuille de route précisant les étapes nécessaires à la mise en place effective de la Chambre.


Cette démarche progressive vise à garantir que la future institution repose sur des bases juridiques solides, une répartition claire des responsabilités et une adhésion suffisamment large des acteurs concernés.


Vers une nouvelle dynamique de l’artisanat camerounais


Au terme de cette concertation, une perspective se dessine : faire de l’organisation professionnelle un levier central de la modernisation de l’artisanat camerounais.


La Chambre des Métiers de l’Artisanat, si le processus engagé aboutit à sa création, pourrait contribuer à rapprocher les artisans des dispositifs publics d’accompagnement, à renforcer leur capacité de négociation, à améliorer leur accès à la formation et au financement, et à donner davantage de visibilité à leurs compétences.


Sa réussite dépendra néanmoins de plusieurs conditions : la pertinence du modèle retenu, la clarté de son cadre juridique, la qualité de sa gouvernance, l’adéquation de ses ressources à ses missions et la participation effective des organisations professionnelles à son fonctionnement.


Il faudra également veiller à ce que la nouvelle institution complète les structures existantes plutôt que de créer des chevauchements de compétences susceptibles de ralentir son action.


Pour le MINPMEESA, l’enjeu est de contribuer à l’émergence d’un secteur artisanal mieux structuré, capable de passer progressivement d’une multitude d’activités faiblement organisées à un ensemble professionnel reconnu, compétitif et créateur de valeur.


En engageant cette concertation multi-acteurs, le Cameroun amorce ainsi une réflexion déterminante sur l’avenir de la gouvernance de son artisanat. La prochaine étape sera de transformer les propositions formulées en un modèle institutionnel consensuel, juridiquement viable et financièrement soutenable. À terme, l’ambition est de faire de la Chambre des Métiers de l’Artisanat un instrument au service des professionnels, de la valorisation des savoir-faire nationaux et de la transformation structurelle de l’économie camerounaise.

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